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samedi 2 juin 2012

Chanteuse et chanteur sont sur un bateau ...

Pop
Sandra Nkaké, chanteuse de jazz reconnue, nous présente avec son deuxième album Nothing For Granted une incursion dans la pop. Dans cet album les références aux chanteuses nu soul et r'nb comme Erikah Badu ou Macy Gray sont légions. La voix grave de Nkaké parfois susurré est magnifique, l'ensemble des chansons est composé par la chanteuse et Jî Dru musicien assurant les claviers, les percus et la flûte sur l'album. On sort du sentier battu jazz ou les reprises de standards sont essentielles. Cependant la composition réserve son lot de déboires, ainsi mis à part Like a Buffalo, Toc Toc Toc, Conversation, le reste de Nothing For Granted ne restera pas dans les mémoires. La construction des morceaux est sensiblement la même sur tout l'album et la chanteuse répète à outrance des textes souvent creux. Le problème est que c'est la répétition de phrases courtes, bribes de thèmes qui font la mélodie. L'exemple type reste le morceau Mankind.
Pour ce deuxième album, Sandra Nkaké veut sortir des sentiers battus et rejoindre la grande famille des chanteuses de pop. L'essai n'est pas réellement transformé, mais l'effort est louable, une production dirigé par un cador de la pop américaine pourrait certainement faire briller la voix de la charmeuse Sandra de milles éclats.
Espérons que Nothing For Granted attirera de bienveillants compositeurs et producteurs qui lui concocterons un nouvel album formidable.
Note: 11/20

samedi 26 mai 2012

World Music

Pop
Black Orpheus est le quatrième album de Keziah Jones. Ce nigérian connu le succès en 1992 avec la sortie de son album Blufunk Is A Fact !, tout le monde découvre à l'époque ce jeu de guitare si spéciale et cette voix aigüe sur le titre Rythm is love. L'artiste pour Black Orpheus retourne à l'origine de sa passion musicale et de ses origines personnelles avec l'influence des grands artistes de l'afrobeat tels que Féla Kuti et toute sa dynastie.
Des titres comme Kpafuca ou 72 kilos  sont sans nul doute directement inspiré de cette culture musicale. La sensibilité du chanteur est toujours à fleur de peau comme sur Beautifull Emilie ou Autumn Moon en duo avec Sarah-Ann Webb.
Cet album n'est pas exceptionnel mais le chanteur montre bien son virage à 180° pour intégrer dans sa musique son identité, son vécu.Quelques morceaux comme Afrosurrealism For The Ladies ou les morceaux typés Afrobeat sont intéressants. Agréable à écouter l'été en sirotant un mojito sur une terrasse ensoleillée, on en demandera pas plus à cet opus.
Note: 10/20
Ecoutez ici

samedi 19 mai 2012

La maturité n'est pas une question d'age

Jazz
Véritable révélation de la trompette, Ambrose Akinmusire nous livre un premier album When The Heart Emerges Glistening. Le trompettiste est un virtuose, et les diverses comparaisons avec Miles Davis fusent dès qu'un nouveau trompettiste jazz est découvert. Pourtant hormis le son qui sur certains morceaux peut se rapprocher du maître, on est assez loin de Miles. Ce dernier dans son jeu à toujours essayé de ne poser que la note nécessaire, la note ultime, pas un flot, une technique, non juste le son, 10 mesures et 3 notes mais quelles notes ! Ambrose Akinmusire est loin de cet esprit, la recherche est là plus la démonstration. Attention, il faut pour survivre dans ce monde du jazz être un technicien hors pair et pouvoir épater l'ensemble de la caste des producteurs pour rester dans un jazz dit traditionnel et ne pas se faire happer par le pseudo jazz commercial de Norah Jones et consœurs . Donc pour un premier album, le jeune trompettiste réussi à faire un jazz entier, sans concession commercial. Cependant, la démonstration technique est présente sur tous les morceaux et les thèmes sont torturés, impossible à se rappeler.
La jeune garde du jazz doit pour sortir du lot établir des "scores" mais sur cet album, c'est au détriment des thèmes et de la qualité de l'improvisation.
En conclusion cet album nous fais découvrir un artiste virtuose de la trompette mais pas encore de la composition.Il faut qu'il croise dame maturité pour nous livrer d'autres albums qui seront sans aucun doute magnifiques.
Note: 10/20
Ecoutez ici 

samedi 12 mai 2012

Pas si Little que ça


Rock
Non le trio rock n'est pas mort, les Little Barrie continuent de nous faire chanter et danser sur ce rock teinté de soul qui prend son origine dans les sixties. C'est le troisième album du groupe et il y a un changement dans le line up, le batteur s'appelle maintenant Virgil Howe. Ce nom vous dit peut-être quelque chose puisque son père n'est autre que le guitariste de Yes, j'ai nommé Steve Howe.
Ce troisième élément ajoute vraiment à l'album, Howe est d'une précision démoniaque et s'entend très bien avec le chanteur guitariste Barrie Cadogan. L'album est plus rock que les précédents, des titres comme Surf Hell, Now we're nowhere, Tip it over, Money in paper, nous embarque dans des contrées stoniennes.
Cet album mérite vraiment le détour, et si vous pouvez les voir en concert n'hésitez pas une seule seconde. Dans une salle quasi vide ces 3 musiciens nous ont joué l'intégralité de l'album avec une pêche incroyable, le guitariste à une telle aisance qu'on imagine que la guitare électrique n'est qu'un prolongement de son corps. Le batteur doit perdre entre 3 à 5 kg par concert tant il tape sur ces peaux, seul le bassiste reste impassible avec un petit rictus tout de même quand le patron Cadogan se plante sur un accord !
Très bon moment, mais vraiment dommage que la salle soit aussi vide, les musiciens ne nous ont pas gratifiés d'autres morceaux, se réservant sans doute pour le lendemain à Bordeaux.
En conclusion allez voir les groupes en concert, la musique est vivante et pour le rester il faut que le public soit toujours là.
Ce troisième album prend un véritable virage rock, le trio mérite de rejoindre le haut des charts, alors à vos porte-monnaie ...
Note: 15/20

samedi 5 mai 2012

Le very Big Mac


Le label de jazz Impulse a réédité des albums de grands jazzmen sur le principe de 2 albums sur un cd, un bon moyen de se faire une discothèque des grands du jazz à moindre coût.
McCoy Tyner est certainement le pianiste de jazz le plus intéressant des années bop, avec Inception son premier album en tant que leader, il signe un véritable chef d’œuvre. C'est un excellent pianiste, sideman de Coltrane, son improvisation reste toujours mélodique. Là ou cet enregistrement est important c'est que Tyner signe ici 4 des 6 titres de l'album. Les compositions sont toutes de très bonne qualité avec des structures nouvelles pour l'époque. Tyner nous prouve qu'il est un artiste complet, virtuose du piano, improvisateur brillant et compositeur de talent. A noter que Elvin Jones, batteur attitré de Coltrane est de la partie aussi, l'ombre du génial saxophoniste plane sur cet opus. L'inspiration des compositions est à n'en pas douter coltranienne, le pianiste jouant jusqu'en 1965 avec le saxophoniste.
Un album indispensable à tout amateur de jazz, et qui reste complètement intemporel.
Note: 18/20
Ecoutez ici
Le deuxième album du package Reaching Four est aussi un best seller de l'artiste, publié un an après Inception, le pianiste s'est entouré cette fois de Roy Haynes à la batterie et Henry Grimes à la contrebasse.
La magie du premier album due en partie à l'osmose de la partie rythmique du quartet de Coltrane est moins présente. Les musiciens sont toujours au top, mais le pianiste n'offre que deux compositions sur les six morceaux qui construisent l'album. Il faut reconnaître que le musicien publie deux albums par an, enregistre en tant que sideman pour d'autres artistes et doit en plus assurer un maximum de concerts. Il est certain que Tyner n'as pas le temps de composer autant de morceaux qu'il le voudrait. L'album s'ouvre sur une des deux compositions de McCoy Tyner: Reaching Fourth, à un rythme endiablé le pianiste nous emmène pour "atteindre ces quartes" qui sont un des principe du jazz modal dont Tyner est un des valeureux représentant et qui ont fait les plus belles années du label Blue Note. La deuxième composition est un blues : Blues Back, le pianiste nous montre sa maîtrise du blues, cette musique qui est la maîtresse du jazz depuis tant d'année ...
 Dans l'ensemble, l'album est vraiment bon a écouter mais n'arrive pas au niveau du chef-d’œuvre Inception.
Note: 16/20



mercredi 7 mars 2012

Récap' de février

En février, beaucoup d'écoutes mais peu d'élus ...
Pour commencer voici les albums que vous n'aurez pas besoin d'écouter:
Avishai Cohen, Seven seas,
vraiment déçu par cet album, bien entendu le contrebassiste est un très bon musicien, mais sincèrement les compositions ne décollent jamais. On est dans ce que l'on appelle le "jazz européen" qui se caractérise par une platitude des compositions, un jeu proche de la musique classique et une improvisation quasi inexistante. Le chant qui se rajoute sur pas mal de compositions nous rapproche un peu plus de la world music. Il faut vendre !!! et la recherche est ici clairement celle du porte monnaie au détriment de la musique. Passez votre chemin ....

Chlorine Free, Start Fresh,
L'affiche était prometteuse, un flutiste déjanté avec 2 claviers délurés, donc beaucoup de folie au départ de ce projet. Au final mis à part 2 ou 3 titres, l'ensemble de l'album ne vaut pas le détour. Tous les titres chantés ou rappés, et il y en a beaucoup,  sont vraiment inintéressants. Sur la continuité de l'album une impression de déjà vu s'installe et on s'ennuie rapidement. Dommage, les musiciens ne sont pas manchots, les influences sont bonnes mais le rendu est proche de la soupe.
The Beach Boys, Surfin' Safari,
L'intérêt que je porte aux Beach Boys est assez récent, j'ai tellement entendu dire que c'était les Beatles américains que j'ai voulu passer le pas et écouter ces garçons... Nous sommes en 1962 et "garçon" est le mot qui qualifie cet album, on a l'impression d'entendre les chœurs des enfants à la croix de bois avec un orchestre de baloche, le tout dans une niaiserie pré pubère qui dégouline de guimauve. Comparer cet album avec n'importe quel opus des Beatles est une absurdité. A garder pour les veillées scouts ...
Quand on aime on ne compte pas, une réédition me permettant d'avoir 2 albums sur le même cd pour 5 €, le mois de février a été marqué par les garçons de plage:
The Beach Boys, Surfin' USA,
Cet album de 1963 est plus intéressant, le titre éponyme de Chuck Berry est ici repris brillamment, Misirlou, et d'autres titres posent la première pierre du Surf rock qui connut un revival important à la suite du film Pulp Fiction. En effet, dans la bande originale du film figure le morceau Misirlou légèrement rafraichi. Ce titre va donner l'envie de jouer du surf rock à tout un tas de jeunes boutonneux qui grattaient leur 6 cordes dans leur chambre. Donc à part ce côté histoire du rock, l'album est dans l'ensemble moyen.
 Heureusement le mois de février m'a aussi rappelé le plaisir d'écouter des monuments du rock.
Led Zeppelin, Led Zeppelin,
J'aurai voulu avoir 15 ans en 1969 et découvrir cet album. Une grande claque dans la figure, c'est une bombe. Le premier album du groupe est un morceau de bravoure, les musiciens sont énormes du début à la fin, que ce soit sur des titres blues comme You Shook Me, ou des titres complètement hard rock comme Communication Breakdown. Le groupe dirigé par Jimmy Page va marquer l'histoire du rock et écrire les plus belles partitions du rock des années 70. A écouter absolument.
The Doors, The Doors,
Les portes de la perception, tel est le nom que prennent ces étudiants pour leur groupe. Finalement, la "perception" s'en va et il ne reste plus que the doors. Ce premier album est un véritable best of à lui tout seul. Break On Through , Twentieth Century Fox, Light My Fire, The End, ces 4 tubes incontournables figurent sur The Doors, le groupe plante le décor, un clavier avec un jeu et des solos très jazz, un guitariste dédié à la rythmique, un batteur sensible, et ce chanteur poète qui rock sans jamais laisser tomber le sens dans ses textes. Les influences blues sont là mais les compositions vont au delà du rock ou blues traditionnel. Cet album va permettre aux doors de rentrer dans la légende.
Album indispensable qui fera sans doute l'objet d'une chronique spécifique. 

samedi 28 janvier 2012

La croix et la bannière

ELECTRO
Justice, le groupe électro qui a connu une popularité fulgurante grâce à son précédent album The Cross, et son titre phare D.A.N.C.E, revient pour un second album Audio, Video, Disco.
4 années se sont écoulées et l'album de Gaspard Augé et Xavier de Rosnay était réellement attendu, sauront-il évoluer, refaire un album semblable, ou vont-il se planter lamentablement ?
La musique de Justice est à rapprocher de Daft Punk, Fatboy Slim, The Chemical Brothers, ... L'utilisation de la compression à outrance est une marque de fabrique et certains médias qualifieront ce mouvement de Power Techno. L'exemple de Daft Punk d'utiliser une image forte représentant le groupe afin de vendre de la musique a été suivi à la lettre par Justice. En effet la croix, le look de rockeur métal des années 80, les faux murs d'amplis Marshall sur scène, tout concorde à créer une image forte et tout de suite identifiable.
Mais intéressons nous maintenant à la musique de ce deuxième album. Deux parties se dégagent clairement de cet opus, dans un premier temps les deux premiers morceaux qui sont une sorte d'épilogue à l'album de 2007 et les morceaux qui suivent représentant une véritable évolution du travail des deux dee jay.
 L'introduction de Horsepower, renvoie au titre Genesis du précédent album. Les basses sont très compressées, la musique emphatique, nous emmène dans un space opéra digne d'un film de Ridley Scott.
 Avec Civilization, single sortit 6 mois avant l'album, les 2 musiciens veulent réitérer l'exploit de D.A.N.C.E, un titre chanté avec un clip très bien réalisé. Le buzz n'est qu'éphémère, les fans se lassent assez vite de ce single qui sent trop le marketing et ne représente pas un travail nouveau de la part de Justice. Ohio qui sera certainement un morceau plus intéressant sur scène qu'à l'écoute pure, est le premier dans sa seconde partie a présenter des guitares électriques. Il faut aussi noter le travail sur les voix, qui sont traitées comme un instrument à part entière.
L'album débute vraiment avec Canon, la guitare ne se cache plus, le morceau est très réussi. Les Justice sont fans de métal et on entend bien là leur inspiration. Le titre On'n'on est beaucoup plus pop, la radio devrait s'en emparer dans les semaines à venir.
Brianvision, hommage au compositeur Giorgio Moroder est le morceau le moins réussi de Audio, Video, Disco. Le retour dans les années 80 est certes bien fait mais il n'y a aucun apport, modification, nouveauté, bref on s'ennuie ferme.
En mélangeant la rythmique de We Will Rock You avec une descente de guitare vous obtenez le début de Parade, mais attention, les chœurs des petits enfants à la croix de bois viennent amocher le titre avec leurs voix sirupeuses et virginales.
D'un même élan l'introduction du titre New Lands, s'autorise le mix agréable des Who avec Who Are You et AC/DC avec la guitare de Angus Young. Le titre est bien conçu, après les refrains, un solo de guitare tel que les années 70 en comptaient des centaines se termine sur le retour progressif du chant.
Le prochain morceau ne laisse aucun doute sur les personnes concernées, Helix, clin d'oeil appuyé a Daft Punk ne sombre pas comme le premier hommage de l'album dans la pure "citation". Le début est vraiment proche des porteurs de casques, mais Justice transforme dans une seconde partie cet hymne au dancefloor en une longue progression vers des accords syncopés.
Le dernier morceau éponyme Audio, Video, Disco ne laisse pas de place à la guitare. Le titre contient une rythmique typée année 80, et le traitement des voix est du même acabit que sur le titre Ohio. Mais heureusement, il y a un morceau caché. Ce fameux concept du titre caché qui paraissait hype il y a 30 ans est aujourd'hui complètement ringard. Cependant musicalement, l'ambiance cinématographique nous emmène du côté des grands compositeurs, et le pari artistique est tenu.
En conclusion ce deuxième album restera un bon cru, le plantage a pu être évité grâce à l'emprunt aux guitar hero que nos deux compères vénéraient dans leur jeunesse.
Il se dégage de l'album une différence de composition avec les deux premiers morceaux qui correspondent plus à une suite de The Cross et les suivant qui conservent une unité par l'emploi des guitares, les hommages aux compositeurs de bandes originales de films et la connivence avec Daft Punk.
En outre même si les Daft Punk ont ouvert la brèche d'une électro avec un gros travail du son, Justice s'attache à la mélodie et la composition de manière plus profonde.
Pour finir on peut regretter la présence de morceaux moins aboutis et sans réel intérêt Ohio(première partie), Brianvision, Audio, Video Disco. La tournée mondiale qui suivra l'album laissera sûrement une autre interprétation de ces titres et peut-être les sauvera. Ainsi pour que nous le sachions il faut que Justice soit faite...

 Note 11/20
Site de Justice
Ecoutez ici 

dimanche 11 décembre 2011

Patty, on reste ami ami ?

ROCK
Dans le panthéon des guitaristes, Eric Clapton tient une place à part. Dès les années 60 avec les Yardbirds, John Mayall, Cream, Clapton gagne ses galons de guitar hero. Dans le swinging London, le pote des Stones et des Beatles est déjà une star et le public le surnomme "god". Clapton fait parti des meilleurs musiciens du monde mais ce n'est qu'en 1970 qu'il nous livre son premier album solo sobrement intitulé Eric Clapton avec une photo du barbu dans un fauteuil en guise de pochette.
Clapton reste très actif en 1970 en sortant un album qui reste une référence du blues rock sous le nom de Derek & The Dominos: Layla and assorted love songs. Comme son nom l'indique, cet album contient le tube interplanétaire Layla, qui fait référence à l’histoire d'amour impossible qu'il a pour Pattie Boyd, la femme de George Harrison qui était alors son meilleur ami. Cependant ce tube n'en fut pas un à sa sortie car l'album n’eut pas de succès et il fallut attendre l'enregistrement du unplugged Mtv pour que ce morceau soit reconnu comme le plus gros tube de l'artiste, soit une bonne vingtaine d'année plus tard.
L'amitié avec George Harrison permit à Clapton d'être le seul guitariste à avoir enregistré avec les Beatles ( While my guitar gently weeps ) mais sa frustration amoureuse et l'envie de découvrir de nouveaux horizons de créations le conduisirent à la drogue et l'alcool. De 1970 à 1973 Clapton sombre dans l'héroïne et la dépression. Grace à ses amis dont Ron Wood et Pete Townsend (guitariste des Who), Clapton va subir un véritable électrochoc. Lors d'un concert organisé en 1973 par ces derniers, le guitariste retrouve la scène, le public et le jeu en groupe, il comprend que sa vie est dans la musique et qu'il doit stopper sa longue déchéance addictive pour maintenir sa virtuosité légendaire. Après sa cure de désintoxication, Eric Clapton s'enferme dans une maison loué à Miami sur Ocean Boulevard et enregistre son deuxième album solo.
461th Ocean Boulevard est un album essentiel pour Clapton car il marque un tournant dans sa vie, l'adieu à la drogue, la première fois classé numéro 1 aux états-unis et une liaison naissante avec Pattie Boyd qui était à l'origine de ses tourments dans un triangle amoureux digne de Corneille.
Comme dans son premier album solo, Clapton alterne compositions personnelles et chansons de musiciens talentueux mais peu connus. Si dans son premier album solo, Clapton joue des titres de JJ Cale avec le tube After Midnight qu'il s'appropriera au fil des années comme morceau incontournable de ses sets live, dans le deuxième il emprunte à Bob Marley avec I Shot The Sheriff.
Incontestablement le tube de l'album, ce titre reggae fut composé par un jeune jamaïcain que Clapton avait rencontré quelques mois plus tôt. Clapton devint par ce titre l'ambassadeur du reggae en Europe en lançant cette mode musical. 461th Ocean Boulevard fut pour Bob Marley alors inconnu une véritable fenêtre sur le monde. La brèche était ouverte et des groupes jamaïcains purent squatter les salles de concerts de notre métropole à la fin des années 70.
La construction de I Shot The Sheriff est assez classique, mais on reconnaît assez aisément la patte de Marley avec l'utilisation de chœurs sur le refrain et l'emploi de l'orgue en contrechant.
L'album débute sur Motherless Children, sur un rythme soutenu, Clapton attaque une ligne mélodique joué en slide avec un bottle neck. Les couplets s'enchaînent avec une section rythmique sur des rails avec l'orgue de Dick Sims en appui. Le final semble tiré d'un live et on peut entendre le batteur faire le pitre dans les dernières secondes de l'enregistrement.
Better Make It Through Today pose dès les premières mesures une ambiance feutrée, la voix du guitariste reste assez douce, on a envie de se blottir au fond d'un canapé, bien au chaud ! Clapton fait un premier solo suivi de l'organiste.
Sur Willie And The Hand Jive Clapton et George Terry se répondent par guitare interposée sur l'introduction et la fin du titre, le rythme très syncopé fait la particularité du morceau.
Avec Get Ready, Clapton laisse de la place à la chanteuse Yvonne Elliman qui à coécrit le morceau.
Le thème répété inlassablement confine à l'incantation et la guitare vient conclure ce prêche avec quelques notes salvatrices.
I Can't Hold Out est un bon vieux blues avec un gros son de guitare et bien entendu un solo de notre guitar hero. Please Be With Me est une ballade dont l'intro pourrait évoquer les Beatles, dans ce morceau Clapton utilise une guitare dobro dont le son est si caractéristique. Cette guitare tire son son spécifique de résonateurs en métal qui se trouvent directement au niveau du chevalet. Le but premier de ce système était d'amplifier le son de la guitare sans électricité.
Let It Grow est le deuxième tube de cet album, l'écriture bien que classique nous emmène aux portes du rock progressif. L'envolée lyrique de la fin du morceau aurait pu être de Jimmy Page et s'enchaîner avec un solo endiablé mais Clapton ne veux plus de cette étiquette de virtuose et il ne posera pas de notes esthètes sur les accords qui terminent ce morceau.
Le rythme s'accélère avec Steady Rollin' Man, introduction rythmique au piano avec le son particulier que l'on retrouve dans de nombreuses compositions de l'époque. C'est le morceau où l'on trouve le plus de soli de l'artiste.
Mainline Florida se singularise par l'emploi d'une Talkbox, c'est un effet qui permet de modifier le son d'une guitare par la voix. Le guitariste se retrouve avec un tube dans la bouche, et chante en même temps qu'il joue, l'une des utilisations les plus connus est celle de David Gilmour guitariste des Pink Floyd dans l'album Animals.
L'album se termine avec Give Me Strength, la guitare dobro fait son retour et le soleil de la Floride semble être présent dans cette ballade.
Eric Clapton conquiert grâce à 461th Ocean Boulevard la reconnaissance comme compositeur. Le titre I Shot The Sheriff qui va lui ouvrir les portes des charts mondiaux n'est pas représentatif de l'album et du son Clapton. Il faudra attendre l'album Slowhand pour que le public comprenne mieux le guitariste avec des titres phares comme Cocaïne, Wonderful Tonight, ...
Avec une discographie énorme, pratiquement une vingtaine d'album studio, le même nombre d'albums en collaboration avec d'autres artistes, une dizaine d'albums live, Clapton écrit depuis plus de quarante ans des musiques blues rock.
Même si depuis les années 90, il se tourne vers le blues qu'il a pratiqué à ses débuts, ses albums solos Layla and assorted love songs, 461th Ocean Boulevard et Slowhand sont incontournables pour tout amateur de rock des années 70. Clapton nous prouve ses talents de compositeur et se prouve à lui même qu'il n'est pas seulement un guitariste exceptionnel. Il a révélé le bluesman JJ Cale et Bob Marley, et encore aujourd'hui beaucoup pensent que Cocaïne est un titre de Clapton tant il s'est approprié ce titre.
En conclusion, Clapton a toujours su rester humble envers ses amis, ses musiciens, les artistes qu'il a attiré sous les feux de la rampe. Et pour l'anecdote sa liaison avec Pattie Boyd l'emmène au mariage en 1979 ... puis au divorce en 1988... 
NOTE: 16/20
Site de Clapton 
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jeudi 1 décembre 2011

Festival Eclats d'Email 2011

Jazz
Pour cette sixième édition, de l'amateurisme éclairé, le festival devient professionnel et des têtes d'affiches osent venir à Limoges où le public est toujours au rendez-vous.
3 concerts "in" et 1 "off":
Le premier concert est certainement le meilleur des 4, Ron Carter ouvre officiellement le festival à l'opéra théatre.
Pour ce concert le contrebassiste s'est entouré d'un pianiste Mulgrew Miller et d'un guitariste Kevin Eubanks. Pas de batteur pour que l'auditeur puisse entendre les nuances subtiles de la contrebasse. Ron Carter à 74 ans nous invite comme il le dit dans son living room, la sensibilité du jeu du contrebassiste est impressionnante. Les thèmes s'enchainent et l'influence bop des musiciens que Ron Carter a croisé au cours de son immense carrière transpire sur chaque mesure ( Miles Davis, Monk, Cannonball Aderley, ...). La virtuosité du papy jazz est toujours au service de l'émotion et il s'amuse même sur un solo à jouer la suite numéro 5 de Bach. Ses acolytes ne sont pas en reste et la maitrise du pianiste Miller est sans faille, une complicité lie ce dernier au contrebassiste et elle ne doit pas dater d'une semaine. Mais la révélation fut pour moi le guitariste Eubanks qui assure sur tous les domaines du jeu. Que ce soit en accords, picking ou taping, le virtuose enchaîne les soli avec une sensibilité à fleur de peau, cela faisait longtemps que je n'avais pas vu un guitariste aussi doué.
Petit bémol sur la soirée d'ouverture, la balance n'était pas parfaite et il fallait tendre l'oreille pour entendre certains soli.

Deuxième concert, toujours à l'opéra théatre, avec une ambiance complètement différente. L'Orchestre National de Jazz (ONJ) dirigé actuellement par Daniel Yvinec nous offre un spectacle alliant composition, musique improvisée et vidéos. Le principe exposé par Daniel Yvinec est de partir d'enregistrement de voix et de composer la musique à partir de la voix. L'idée est de renverser la création musicale  habituelle où la voix vient se poser sur une musique déjà composée à partir d'une ligne de basse ou d'une grille d'accord, d'un riff de guitare, etc ... Même si la présentation ressemble à un devoir scolaire que Mr Yvinec devait présenter à l'oral, le résultat est très intéressant.
Donc sur chaque composition un chanteur (voix enregistré), des soli et une vidéo. Les musiciens sont nombreux, en effet un sax alto et ténor, une clarinette basse, une pianiste, un clavier, un guitariste, un bassiste, un batteur, un trompettiste, une flute traversière. Les compositions sont très bien faites avec des arrangements laissant une place aux cuivres très importantes, Yvinec nous prouve son talent de composition pour créer des ambiances sonores cinématiques. Les morceaux s'enchainent sans déplaisir avec des soli inégaux, les musiciens n'ont pas tous la même qualité de jeu et d'improvisation. Mention spéciale au sax ténor (Rémi Dumoulin) qui survole le spectacle par son jeu et le son qu'il s'est forgé. Cependant, le morceau d'improvisation libre dirigé par Dumoulin n'était pas réellement nécessaire.
L'ensemble est harmonieux, on passe de la découverte du procédé, à la surprise des voix ou compositions. Je regrette que les compositions n'aient pas laissé plus de place aux percussions, on reste dans l'aérien ( cuivres, bois, ...) le côté terrien manque. Pour finir je me demande encore pourquoi la pianiste était sur scène, le piano "arrangé" tel que mentionné par Yvinec me laisse un goût amer de supercherie intellectuelle. Je pense que "arrangé" comme Sam Yahel aurait eu un réel intérêt ... 

Troisième concert mais là c'est du off, Patrick Vanhee Trio dans un restaurant.
Exercice difficile, jouer devant une assistance qui n'est pas forcément là pour écouter. Le comble c'est que certaines personnes pourraient même être dérangé par le "bruit". Mais le trio s'en sort avec brio ( celle là faut la placer ! ) emmené par Patrick Vanhee très humble, Alain Mayeras au piano et Pascal Combeau à la contrebasse. Le groupe enchaîne les standards, Vanhee maîtrise parfaitement l'instrument, et son son ainsi que son phrasé nous rappellent le cool jazz de Stan Getz.
Cependant à mon gout Vanhee est meilleur au soprano, son son me plaît plus mais ce n'est que très subjectif ... Le pianiste s'éclate en jouant et son plaisir est communicatif. Pour le contrebassiste, j'avais vu quelques jours avant Ron Carter donc je ne peux pas être objectif...
Très bon moment passé, ce serait intéressant de connaître Vanhee sur un répertoire de compositions personnelles.

Quatrième et dernier concert, Jan Garbarek et Trilok Gurtu, qui viennent clôturer le festival. Le norvégien se faisant rare sur scène, le rendez-vous avec une légende du label ECM était inmanquable.
Encore une fois à l'opéra théatre, et après les remerciements d'usage pour un concert de clôture, Jan Garbarek commence son concert.
Les premieres minutes du concert sont un peu hermétiques pour le non initié, les cris de mouettes joués au saxo peuvent décontenancer plus d'une oreille experte.
Passé ce temps d’acclimatation, on voyage de thème en thème avec des évocations de l'asie, l'afrique, l'océanie. Garbarek nous emmène avec lui et ses solis sont de hautes voltiges, le pianiste alterne piano à queue et clavier, le bassiste joue sur une basse électrique sans fret et Trilok Gurtu joue de tout ce qui peut se taper dessus avec les mains ou des baguettes.
Les échanges entre le percussioniste et le pianiste dans un premier temps, le bassiste par moment  et Garbarek ensuite caractérisent ce concert où les musiciens essayent de se répondre en musique sur chaque morceaux.
On peut regretter le solo de basse interminable et sans saveur, et surtout la très mauvaise sonorisation des instrumentistes, la batterie de Gurtu surpasse en volume sonore l'ensemble des intervenants, le premier solo de piano fût molto pianissimo, bref un mauvais travail du gars derrière la console de mixage.
Pour revenir à la musique, certains morceaux sont vraiment datés années 80 avec ce mouvement du jazz fusion et le rappel ressemblait vraiment à une guimauve pour film des mêmes années.
En conclusion le nom fait pardonner beaucoup, mais ce concert n'est pas dans mes préférés, les belles affiches ne font pas forcément les beaux spectacles ...

Pour finir, l'intérêt d'un festival est de faire découvrir ou apprécier des courants ou styles différents. Le pari est réussi, même si je n'ai pas vu tous les concerts, l’éclectisme est de mise. Enfin en cette période de fin d'année ou nous sommes souvent sollicités, j'ai envie de lancer un appel au don pour que le directeur artistique Leygonie puisse acheter une chemise. Je comprends que les "intellectuels" ne font pas attention aux apparences mais le look clodo ne me paraît pas approprié. Alors donnez !!!
Site du festival 
Notes:
Concert de Ron Carter: 17/20
Site de Ron Carter 

Concert de l'ONJ: 15/20
Site de l'ONJ 

Concert de Patrick Vanhee: 15/20
Site de Patrick Vanhee

Concert de Jan Garbarek: 13/20
Site de Jan Garbarek